Échos du Club Sciences Po

Échos du Club Sciences Po

Le 19 février 2020, le club Sciences Po du LFRD a accueilli deux intervenants au titre du cycle des conférences-débats qu’il organise régulièrement.

Julien LOISEAU : historien et arabisant, ancien directeur du Centre de recherche français à Jérusalem, professeur d’histoire du monde islamique médiéval à l’Université d’Aix-Marseille, Maître de conférences en histoire médiévale à l’Université Paul Valéry Montpellier III et responsable (P.I.) du projet ERC HornEast.

Eric NTUMBA : diplômé de l’ENA (France) et de la North West University (RSA), écrivain (Prix Européen de Littérature Congolaise pour son premier Roman « Une vie après le Styx »). Il participe activement à la réflexion globale sur les grands enjeux africains et fait partie de plusieurs réseaux d’influence : Choiseul Africa 100, Atlantic Dialogue Emerging Leaders, Africa France Young Leaders, Mandela-Washington Fellow for Young African Leaders.

Le sujet de la conférence de M. Loiseau était « La méditerranée, une mère Africaine ? »
Après un bref exposé sur le sujet, de nombreuses questions lui ont été posées par les élèves. On apprendra notamment que c’est à partir du 18ème et surtout du 19ème siècles que la méditerranée apparait comme une construction intellectuelle (Fernand Braudel). A l’époque romaine l’approche était plutôt politique. Par ailleurs, les relations entre l’Afrique et la rive nord de la méditerranée (Europe) étaient ponctuelles. L’empire islamique au 7ème siècle allait de l’Espagne jusqu’aux Indes. C’était un empire très urbain, avec des villes très peuplées, pour des sociétés préindustrielles. Il faisait du commerce jusqu’en Scandinavie. (On a retrouvé par exemple en Suède une monnaie frappée à Bagdad). Dans cet empire, les membres ne pouvaient être réduits en esclavage et on affranchissait assez souvent les personnes qui partageaient la condition d’esclaves. Elles avaient alors la possibilité d’intégrer la famille de leurs maîtres. Il faut signaler à ce propos que le commerce transsaharien (avec la Nubie, la haute volta et le Sénégal notamment) portait aussi bien sur les matières premières, l’or en particulier que sur les hommes. Le dinar, monnaie frappée dans l’empire musulman avait alors valeur de monnaie internationale, c’était le dollar de l’époque.

« Le Congo, une nation impossible ? » est le thème sur lequel M. NTumba est intervenu. Fidèles à leurs habitudes, les élèves ont été très réactifs. Beaucoup de questions ont été posées. L’axe central du propos de l’intervenant est resté celui de la constance de l’Histoire. Quand le 26 février 1885, la conférence de Berlin octroie le Congo au roi des Belges Léopold II, il ne s’agissait alors que d’une agrégation de royaumes et de chefferies. L’idée était au départ d’en faire une zone franche, un territoire où les puissances industrielles s’approvisionneraient en matières premières et déverseraient leurs produits manufacturés. Aussi, peut-on dire, la convoitise qu’attisent les richesses minières dont dispose le Congo n’est pas une donnée nouvelle. Il faut ajouter que la mise en valeur coloniale ne s’est pas faite sans drames. La seule exploitation de latex a fait environ 10 millions de morts. Cette partie de l’histoire congolaise peut être mise en parallèle avec la réémergence de féodalités, des seigneurs de guerre, les affrontements tribaux. Pacification, développement, affirmation de l’autorité de la puissance publique sont autant de défis. Les combats communs menés depuis l’indépendance ont cimenté le sentiment national : lutte contre l’impérialisme, les rebellions diverses, les agressions extérieures etc. Sans doute ne faut-il pas minimiser le risque de balkanisation. Il peut toutefois être contenu en jouant sur deux piliers : l’intégration sous régionale et la décentralisation.

Par JP Gakalla
Professeur de SES au LFRD

Le LFRD remercie M.Ntumba et M. Loiseau pour leur intervention auprès de nos élèves.